Prudentia n’était pas grande, elle était, dirons-nous, plutôt petite mais surtout très inutilement
compliquée, non que l’auteur nourrisse quelque aigreur que ce soit à l’encontre des femmes compliquées, mais encore faudrait-il que leur complexité présente un certain intérêt, donc, n’aurait-il
point fallu laisser tomber physiquement Prudentia, encore que la formule puisse paraître ambiguë, si l’on considère pour acquis que nos rapports physiques n’avaient jamais constitué le fond de
notre relation, donc, comment dire, laisser totalement tomber le physique de Prudentia, en fait non, c’était presque déjà fait, laisser physiquement tomber la totalité de Prudentia, voilà, son
corps, son âme et sa nature soucieuse, le tout dans un seul geste, à la seule fin, peut-être, de la soumettre à une sorte de trauma salutaire, donc, en résumé – mais comment concrètement imaginer
la chose, si ce n’est qu’une nuit, blotti contre elle dans notre couche, nous amenions, au terme d’un corps à corps douillet, Prudentia dans son sommeil jusqu’au bord de la mezzanine puis, la
tenant fermement par le pantalon de son pyjama, la basculions dans le vide, le poids de Prudentia tout à coup révélé faisant craquer la chose, Prudentia chutant alors sur la table basse d’où
gicleraient le radio-réveil ainsi que divers bibelots stigmatisant les différentes étapes de notre vie commune, et nous-même, lors, de nous interroger, nous demandant si de tout ceci nous pouvons
nous déclarer responsable, ou si la faute n’en reviendrait pas au peu de résistance de ce foutu pyjama, rassemblant ainsi les bases d’un argumentaire piteux face à Prudentia qui déjà se relève,
nous-même nous pressant de lui expliquer que nous ne l’avons jamais que concrètement laissée tomber, et pas laissé tomber, mais qu’amoureusement pas encore, quoique, tout ceci n’est pas d’une
clarté absolue, car pour que la situation soit tranchée il nous faudrait affirmer, face à Prudentia, que oui, nous l’avons fait exprès, ce qui n’est pas chose simple vu la complexité, nous
l’avons déjà souligné, de la psychologie de Prudentia.
Fascicules